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DIY e-liquide CBD : les calculs qu’il ne faut pas rater

Publié le 15 July 2026 · Mis à jour le 22 July 2026

La réponse courte : la concentration finale de ton DIY, c’est les milligrammes de CBD ajoutés divisés par le volume total en millilitres. Rien d’autre. Un mélange ne fait que diluer : il ne peut jamais dépasser la concentration de ton booster. Et la chimie pose un plafond bien plus bas que ce que promettent les étiquettes.

Le DIY e-liquide CBD est mal expliqué : on y recopie les réflexes du DIY nicotine. Même décor, un booster, une base, une règle de trois, mais pas les mêmes contraintes, ni physiques ni réglementaires. D’où des tutos qui promettent des dosages inatteignables. Voici la méthode de calcul.

La formule tient sur une ligne

Concentration finale (mg/ml) = masse de CBD ajoutée (mg) ÷ volume total du mélange (ml). C’est tout. Cette formule ne connaît ni les marques, ni les arômes, ni les promesses.

Exemple 1. Tu dissous 500 mg d’isolat pour obtenir 50 ml de liquide fini : 500 ÷ 50 = 10 mg/ml.

Exemple 2. Tu veux 30 ml à 15 mg/ml. Tu inverses : 30 × 15 = 450 mg de CBD à peser.

Deux hypothèses à poser, sinon le calcul ment. Un : les volumes de liquides miscibles ne s’additionnent pas rigoureusement, 10 + 5 ml ne font pas exactement 15 ml. Deux : l’isolat dissous occupe lui-même un volume. Aux dosages courants, ces écarts passent sous l’imprécision de ta balance, sauf si elle pèse au gramme près. Il te faut du centigramme.

On ne mélange jamais vers le haut

Le point que les tutos sautent. Un booster ne « booste » rien : il apporte une quantité fixe de CBD que tu répartis dans un volume plus grand. C’est une division, ça ne peut que faire baisser.

Posons un booster hypothétique de 10 ml dosé à 30 mg/ml. Il contient 300 mg de CBD. Ce chiffre ne bougera plus, quoi que tu ajoutes ensuite.

  • Tu l’allonges avec 40 ml de base → 300 ÷ 50 = 6 mg/ml.
  • Tu vises 20 mg/ml final → 300 ÷ 20 = 15 ml de volume total, soit 5 ml de base seulement.
  • Tu vises 35 mg/ml → impossible. Le plafond absolu de ce mélange est 30 mg/ml, atteint en n’ajoutant rien.

Retiens le cas à 20 mg/ml : ton flacon final est aux deux tiers du booster. Ta « base » n’en est plus une, tes arômes n’ont plus de place. C’est là que le modèle nicotine s’effondre.

Le plafond physique : ce que le laboratoire mesure vraiment

Le CBD est peu soluble : il existe une quantité maximale que ton PG/VG peut dissoudre. Au-delà, ça ne se dilue pas, ça cristallise ou ça reste au fond.

Une mesure sérieuse existe. Par méthode shake-flask à 37 °C et dosage HPLC, la solubilité à saturation du CBD dans le propylène glycol pur est de 29,2 mg/ml (Tabboon et al., Pharmaceutics, 2022). Deux réserves : l’étude n’a pas testé la glycérine, et 37 °C est la température du corps, pas celle de ton placard. Une base PG/VG à température ambiante sature donc en dessous de 29,2.

Croisons avec le marché. Treize e-liquides CBD du commerce ont été dosés par chromatographie liquide : étiquetés de 10 à 100 mg/ml, ils contenaient réellement de 0,8 à 35,1 mg/ml, et 38 % seulement tombaient dans une fourchette de ±10 % autour de leur étiquette (Mazzetti et al., Scientific Reports, 2020).

Ce que le chiffre de 35,1 dit, et ne dit pas

Attention au contresens, courant sur les forums : 35,1 mg/ml est la valeur la plus haute retrouvée dans un flacon de ce panel, pas une constante physique, l’étude portait sur l’étiquetage, pas sur la solubilité. Ce n’est pas « le plafond du CBD » : c’est un maximum de marché, sur treize échantillons.

Sa valeur est ailleurs : il converge en ordre de grandeur avec les 29,2 mg/ml du laboratoire. Deux approches indépendantes, l’une chimique, l’autre commerciale, qui pulvérisent la même illusion : personne n’a trouvé les 100 mg/ml annoncés. Un « booster » qui promet 200 ou 500 mg/ml doit une explication chimique. On a détaillé ce que l’étiquette ne te dit pas.

Reste une hypothèse, présentée comme telle : 35,1 dépasse les 29,2 du PG pur. Des co-solvants l’expliqueraient, l’analyse de deux formulations du commerce a révélé de l’éthanol non déclaré, à 3 600 et 6 600 mg/l, dans une base PG/VG 65:35 (Peace et al., Frontiers in Pharmacology, 2016). Dépasser le plafond suppose d’ajouter quelque chose que le flacon ne mentionne pas forcément.

Pourquoi « booster CBD » et booster nicotine n’ont rien à voir

Le booster nicotine obéit à une règle simple parce qu’un plafond réglementaire l’y oblige : la teneur en nicotine ne peut dépasser 20 mg/ml (arrêté du 19 mai 2016, art. 1er). Un booster est donc calibré à 20, pour des cibles usuelles de 3 à 6 mg/ml. La marge est énorme : 200 mg de nicotine visant 3 mg/ml, ça donne 66 ml finaux, soit 57 ml de base à ajouter.

Le « booster CBD » n’a pas de plafond réglementaire équivalent, mais il a un plafond physique, et il vit collé contre. Là où le booster nicotine te laisse diluer d’un facteur 6 ou 7, le booster CBD te laisse un facteur 1,5 avant que ta cible ne devienne inatteignable. Même formule, marges incomparables. Copier la méthode nicotine, c’est copier une aisance qui n’existe pas ici.

Le plafond de 10 ml ne concerne pas ton e-liquide CBD

Croyance tenace : les flacons seraient limités à 10 ml. Le texte dit autre chose. L’article L3513-15 du code de la santé publique renvoie à un arrêté « le volume maximal pour le réservoir des cartouches à usage unique et pour les flacons de recharge contenant de la nicotine ». L’arrêté d’application s’intitule « relatif aux produits du vapotage contenant de la nicotine » ; son article 3 pose les 10 ml.

Le champ est explicite : ce plafond vise les produits nicotinés. Un e-liquide CBD sans nicotine n’y est pas soumis, d’où les flacons de 50 ou 100 ml en boutique. Ne sur-lis pas pour autant : « hors du champ de cet arrêté » ne veut pas dire « hors de tout cadre ». La sécurité générale des produits, le seuil de THC et la réglementation du CBD s’appliquent toujours.

Ce que le DIY CBD ne réglera pas

Maîtriser ton dosage ne rend pas l’inhalation anodine. L’Anses conclut à des effets possibles « sur les voies respiratoires, le système cardiovasculaire et la cancérogenèse, avec ou sans nicotine » (avis du 4 février 2026). Sans nicotine ne veut pas dire sans risque : chauffés, le PG et la VG produisent des aldéhydes, quoi que tu y aies dissous.

Deuxième garde-fou. En juin 2025, l’Anses et l’ANSM ont alerté sur une hausse des intoxications liées aux produits CBD, e-liquides explicitement inclus, causées en majorité par des cannabinoïdes de synthèse présents à l’insu du consommateur, ou des teneurs en THC supérieures à 0,3 %. La même alerte rappelle qu’« 8 produits CBD sur 10 ont une teneur en CBD différente de celle indiquée sur l’étiquette ». Ton arithmétique peut être exacte ; ta matière première, elle, n’est pas garantie. Calculer trois décimales à partir d’un ingrédient inconnu, c’est une illusion de précision.

Enfin, la concentration n’est qu’une moitié de l’équation : puissance, résistance et airflow décident du reste, quel matériel, quels réglages.

FAQ

Quelle base CBD choisir pour faire son e-liquide ?

La seule donnée de solubilité mesurée disponible porte sur le propylène glycol pur : 29,2 mg/ml à 37 °C (Tabboon 2022). L’étude n’a pas testé la glycérine, aucun chiffre fiable n’existe pour un ratio PG/VG précis. Méfie-toi de qui t’en annonce un. Ce qui est sûr : plus tu montes en dosage, plus tu approches d’un plafond infranchissable.

Pourquoi mon e-liquide CBD a-t-il cristallisé ?

Le signe le plus probable d’un dépassement de saturation. Une solution préparée tiède paraît limpide, puis relargue des cristaux en refroidissant : la solubilité chute avec la température. Au-dessus de 25-30 mg/ml, tu joues contre la physique, pas contre ta technique.

Un booster à 100 mg/ml, c’est possible ?

Pas dans une base PG/VG nue, au vu des données disponibles : aucun des 13 e-liquides analysés par Mazzetti n’a dépassé 35,1 mg/ml, alors que certains affichaient 100. Ça n’exclut pas des formulations à co-solvants, mais le flacon doit dire lesquels. Sinon, l’écart entre étiquette et contenu reste l’hypothèse la plus économique.


Réservé aux adultes. Le CBD n’est pas un médicament et ne se substitue à aucun traitement. Vaper du CBD n’est pas une aide au sevrage validée : l’Anses réserve le vapotage à l’arrêt du tabac, comme option temporaire dans un programme de sevrage, et déconseille toute incitation destinée aux non-fumeurs. Guide indépendant, sans vente.